vendredi 1 avril 2016

Ploegsteert est mort et enterré !

Aujourd'hui, c'est le jour pour en parler !
Savez-vous exactement quand se déroula la plus grande farce du siècle, à Ploegsteert ?

Souvenez-vous ! Ou savez-vous qu'une décision gouvernementale, sous l'époque de Leo Tindemans,  Premier Ministre, annonçait  : "Par l’arrêté royal du 17 septembre 1975, ratifié par la loi du 30 décembre 1975, le nombre de communes est réduit de 2 359 à 596. La fusion est effective au 1er janvier 1977".

Catastrophe ! On en avait pourtant énormément discuté, passionnément, que malgré tout, il fut décidé en hauts lieux que les communes de Bas-Warneton, Comines, Houthem, Ploegsteert et la ville de Warneton, déjà transférées au Hainaut depuis 1963, devaient fusionner pour ne former qu'une seule grande entité, baptisée "Ville de Comines-Warneton", pour éviter de passer à la trappe le mot "ville" !

Voilà pour les faits officiels et une ambiance vraiment électrique plâna dans la Vallée de la Lys durant toute l'année 1976. Tant  pis aussi,  pour les esprits de clocher mordus et passionnés qui soutenaient et animaient les différents patelins. Ainsi, il en avait été décidé  pour nous, par les ministres nationaux catholiques et libéraux !  
"Le Grand Comines va tout commander !" voilà ce qui se disait aux zincs des cafés du coin.  
Ce sera la mort des villages !  "Leur fierté, leur âme, leur folklore allaient-ils disparaître ?" se demandait-on, attristé,  dans les chaumières ?  Le Bourg de Ploegsteert et le hameau du Bizet, les citoyens qui avaient réussi à  se séparer de Warneton et pour être reconnus "Commune" en 1850, se voyaient déjà "gommé" de la carte !!! 

La mort dans l'âme, à Ploegsteert, et à l'initiative du Comité des Fêtes, la population s'est dit : "Contre mauvaise fortune, il faut faire bon coeur !"… et procéda à l' "Enterrement de Ploegsteert", une cérémonie de funérailles organisée en grandes pompes, la samedi 11 décembre 1976, l'après-midi. 

Voici une naration de cet événement presque oublié… rédigée quarante ans plus tard.  


Sur la place de Ploegsteert, bien avant qu'elle ne fut baptisée "de la Rabecque" par la SHCW, il devait être 16 heures quand des Pompiers en tenue de Sapeur ainsi que des Dames portant le Grand Deuil, se rassemblèrent.

Le chagrin ne les assommant pas, la bonne humeur se lisait à travers les voilettes pour se transmettre vers les deux photographes de presse présents. Un public, non pas composé de curieux mais de citoyens dévoués associativement, grossit rapidement sous l'arbre du Centenaire planté en souvenir des 100 ans de la Belgique, devant la petite Maison Communale devenue, ce jour-là, la maison mortuaire !

Tous les yeux sont fixés sur sa façade :  l'entrée y est lugubrement drapée de tentures noires, aux larmes d'argent,  invitant les passants au silence et au respect devant la mort.  Soudain, calmement, d' autres pompiers amènent en tractant à la force des bras, une remorque plate-forme agricole enveloppée de toile noire, transformée en char funèbre.  
Bien vite, le public remarque que l'engin, plat comme un billard, servira de "corbillard".
La foule grossit toujours : des gamins, des adultes, des pensionnés, c'est une "première" réunion qu'on peut appeler : intergénérationnelle !  On aperçoit aussi la présence de porte-drapeaux : ils sont nombreux, car à l'époque, toutes les associations de Ploegsteert - Le Bizet tenaient à ce que leurs délégations se remarquent de loin. Les oriflammes sont en berne, les crêpes accrochées aux hampes.  

L'atmosphère empreinte de fausses condoléances est  tout bonnement..."bon enfant".  De salutations silencieuses en embrassades amusées, le public se force à exprimer, devant la Maison mortuaire, un semblant de chagrin. Aucune illumination de Noël ne peut servir de… chapelle ardente. Comme prévu, à l' heure annoncée, la levée du corps peut démarrer.  Le rideau noir se met à trembler pour se séparer en deux et laisser voir la vieille porte à la peinture écaillée.  Deux comitards en habits et hauts de forme noirs, affichant un visage grave,  apparaissent et s'agitent autour des gonds et des verrous : ils réussissent à ouvrir bien largement cette porte qui coince toujours !  Surtout en cette journée-là.

Les spectateurs retiennent leur souffle ! Pour ne pas dire leurs larmes !
Hissé sur quatre épaules, le "défunt" est sorti de sa maison mortuaire et fait son apparition. Une énorme inscription révèle son identité :  "Ploegsteert" !  Tel était son nom ! Celui qu'on "enterre" !
Les porteurs descendent maladroitement les marches du perron pour aller déposer leur "bière" sur le corbillard, sous l'oeil ému des citoyens. Parmi eux, l'ami Daniel Cousin, valeureux pompier et Albert Keignaert, président-fondateur du foot local, se décoiffent : signe d'un total respect pour cette commune qui a vécu et qui ne sera plus.
Point d'oraison funèbre, ni fleurs, ni couronnes ! A Comines, là-bas, peut-être,... on sonne le glas.

Le cortège funèbre se met en branle en direction de l' "Hospice" de Ploegsteert, car les "pompes" organisatrices ont souhaité donner l'occasion aux "petits vieux" de voir une dernière fois la "Boîte à Souvenirs " de leur village qu'ils ont connu détruit, reconstruit, occupé, libéré !

L"Harmonie des Vrais Amis ouvre le défilé, suivie du char funèbre entouré des membres du comité des Fêtes qui tiennent les cordons du poêle.  Ils sont : Michel Debacq, Jo Verhaeghe, Christian Maes, Robert Knockaert, ainsi que Dany Debacq.  Des épouses en pleurs, au visage dissimulé par une voilette, escortent le catafalque poussé par des Soldats du Feu, toujours aussi dévoués. Leur commandant, Jean-Claude Hovine ne s'en émeut guère ; il préfère aider ses Sapeurs dans leur mission du transport du corps vers sa dernière destination : la Maison du Peuple au Bizet.

Le socialiste Collège Echevinal  emboîte le pas : le bourgmestre Albert Laroye, son échevin Rémy De Keirschietere, ainsi que son conseiller Joël Moerman.  Au premier rang aussi, le secrétaire communal Pierre Woestyn apporte la touche solennelle à l'événement.
Suivent alors toutes les délégations des clubs et groupements locaux : on y reconnait le Cyclo-club, les Gars de la Lys,  l'USPB, le CBP, le Cercle Dramatique, la Ramier Belge, la Roue d'Or, le Patro Oasis, et probablement d'autres sociétés qui participent de manière plus discrète.

Enfin, la Fanfare St-André, en costume bleu marine,  cloture le cortège, suivie d'une automobile harnachée les figures géantes de Baptiste et Mélanie, les deux citoyens folkloriques d'autrefois que l'on vient de retrouver et de remettre à la lumière.
Mais il fait nuit, déjà.

Aux pas cadencés des sociétés musicales, le cortège descend vers Le Bizet pour s'arrêter sur une prairie jouxtant la Maison du Peuple. Le cerceuil est déposé sur l'herbe.  L'assemblée, qui a tout au long de l'itinéraire, retrouvé un peu de gaîté, forme un cercle autour de la dépouille de "Ploegsteert".  Quelqu'un s'en approche, ôte le couvercle et, dans un geste solennel, boutera le feu au contenu de la caisse maintenant ouverte  : du journal de toute la presse locale,  du papier administratif bien sec afin d'offrir un superbe "feu de joie"…. si l'on peut dire.
A l'extinction du feu, les citoyens réchauffés et bien "remontés", n'eurent plus qu'à aller se désaltérer généreusement  dans les bistrots voisins pour commenter cette gigantesque farce du siècle passé !
C'était, il y a…déjà 40 ans !   Même une "image de mort" a été éditée. Le cachet de la poste faisant foi !

J'ai pris beaucoup de plaisir à vous raconter cet événement qui doit faire partie de l'histoire de Ploegsteert, celle qui, normalement, se transmet… oralement !
Pour ne pas vous laisser sur votre faim, revoyez ci-dessous toutes les photos que j'ai prises à l'époque pour le Nord-Eclair. Elles sont numérisées dorénavant ! Vous pouvez les examiner attentivement en essayant de "revoir" des gens que vous avez appréciés.
Ayez une pensée pour feu l'ami Michel Debacq qui, de son vivant, n'a jamais hésité à festoyer en organisant d'invraisemblables farces ploegsteertoises.  
En ce 1er avril, jour légendaire des farces,…  c'est  CADEAU !
Merci de m'avoir lu.






















1 commentaire:

  1. Robert Dillies et Martine Snaet11 février 2018 à 09:37

    Ce n'est pas possible! Chaque fois que nous voyageons sur ton site, nous découvrons des trésors. Nous n'avions jamais vu ces photos. Génial, Michel!

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