En cette veille de Toussaint, tandis que les masques squelettiques sont rangés et les potirons grimés sur la figure des gosses sont disparus, il ne reste que quelques heures pour soigner, embellir, fleurir les tombes de nos proches. De ceux qu'on a aimés et chéris jusqu'à leur dernier souffle.
Depuis plus de 60 ans, j'entretiens cette tradition annuelle d'aller porter des chrysanthèmes au cimetière du village; une balade que je prolonge au détour des allées en "saluant" d'une pensée respectueuse l'une ou l'autre figure locale que l'on a tous bien connue. Et elles sont nombreuses. En lisant les noms sur les pierres tombales, c'est tout mon "Rétro-Viseur" cérébral qui s'active et qui m'invite(rait) à écrire l'histoire de mon patelin avec ses ducasses, de ma rue avec ses petites boutiques, de mes voisins avec leurs habitudes.
Les talus surmontés d'une croix, à la pelouse d'honneur des Anciens Combattants, s'affaissent. Les dalles se fissurent. Les dates s'effacent. Ils sont tous partis, de même que leur famille.
Les bordures herbeuses ont disparu, le gravier a envahi toutes les allées, les parcelles. Le Round Up a maîtrisé tout ce qui pouvait être vert !
L'entrée délabrée d'autrefois a hérité d'un soin particulier, digne pour tous ceux qui y passeront pour leur dernier voyage. Puis est apparu le colombarium qui ressemble à un beau livre ouvert où chaque page nous rappelle le visage et le nom de quelqu'un. Ils sont là, des dizaines à me sourire en même temps !
Comme au milieu d'un choeur, l'aire de dispersion de cendres m'éblouit par sa blancheur et par le mystère que suscite ce "cimetière virtuel" : par l'incinération, les restes sont appelés à disparaître dans le temps, par le vent, la pluie, l'infiltration et le retour à la terre. Ou à l'eau, dans l'océan. Par contre, c'est le "jardin de la mémoire" de chacun qui doit en garder le souvenir.
Tout cela pour dire que mon cimetière est beau, bien entretenu, et plein de souvenirs.
On le doit tous à la Ville et à des gens comme Jackie qui autrefois, veillent à la propreté et à la bonne gestion du lieu de recueillement.
























