Je ne peux oublier cette fête... dont j'ai si peu de souvenirs, faute de n'avoir pas pu la souhaiter souvent.
Cette année, il y aura 70 ans que Georges, mon papa, s'est éteint pieusement dans son lit,...la veille de la fête des Pères. Une encore méconnue "maladie de coeur" l'avait fortement affaibli trois années auparavant. Mais pour continuer à travailler et nourrir nos quatre petites bouches, il s'était acheté une motocyclette afin de se rendre quotidiennement au tissage Bouchez à Armentières.
Je la revoie encore cette ancienne Gillet qui embaumait toute la maison de son odeur d'essence et de son moteur dégoulinant d'huile. Sur le porte bagage, il avait lié un coussin afin que nous puissions l'accompagner à la pêche à St-Yvon ou à la Briqueterie. Son seul loisir durant son incapacité de travail.
J'avais plus ou moins 6 ans et quelle fierté m'envahissait lorsque je pus grimper sur ce "siège passager" en suivant ses recommandations de prudence : "Serre bien tes bras autour de mon ventre !"
Soudain, par un unique coup de pédale, le moteur se mit à pétarader, un vrombissement sec et bruyant qui résonne encore dans mes oreilles.
On s'en va....prudemment... l'étui de sa canne à pêche en bandoulière... mes petites jambes pendant de chaque côté de la roue arrière....je m'agrippais à sa taille, ma tête collée à son dos... Je l'aimais bien, mon Papa !